Laboratoire sur les Vulnérabilités et l’Innovation dans le Sport

LVIS
EA 7428
Directeur : 
Bastien Soulé
Directeur(s) adjoint(s) : 
Emma Guillet-Descas
Projet scientifique : 

Les travaux menés au sein du L-ViS mobilisent l’histoire, la sociologie, la psychologie, les sciences de gestion et le droit. Ils portent sur le sport et l’activité physique, abordés à travers deux thématiques.

La vulnérabilité : il s’agit de questionner le rôle des pratiques sportives dans le renforcement ou, au contraire, la réduction de la vulnérabilité, des discriminations et des atteintes à la santé. Deux types d’approche seront distingués : l’activité physique et/ou sportive (APS) et l’activité physique adaptée (APA) comme supports de prise en charge de populations confrontées à des formes de vulnérabilité dues à des pathologies (malades chroniques) ou à des situations spécifiques (personnes en situation de handicap), à des fins de promotion de la santé mais aussi d’émancipation et d’intégration ; la prévention des « effets pervers » des APS, qui sont donc abordées dans leur ambivalence (accidentologie, discriminations, violences, dopage, etc.)

L’innovation est appréhendée sous l’angle matériel, en croisant les regards sociotechnique, stratégique et marketing, à propos par exemple d’objets sportifs innovants ; l’innovation sociale est également abordée (évolution et émergence des modalités de pratiques sportives, changements organisationnels et dynamiques institutionnelles, dispositifs émergents de prévention et/ou de prise en charge des personnes en situation de vulnérabilité, etc.).

Équipes de recherche : 

Afin de favoriser les approches interdisciplinaires, le L-ViS est organisé en deux thèmes structurants et non en équipes internes.

Outre l’identification de critères classiques (âge, sexe, PCS, diplôme, etc.), la vulnérabilité résulte de processus complexes mêlant des dimensions socio-économiques, politiques, institutionnelles, culturelles et psychologiques. L’état de vulnérabilité est en effet une construction psychique et sociale : l’accès à l’information, l’éducation et les représentations sociales façonnent l’exposition aux menaces. Plus largement, la vulnérabilité peut procéder de la difficulté à produire des connaissances scientifiques sur les risques, de la préservation de certains intérêts bridant la prévention, ou encore de formes discrètes de domination. En se combinant, ces ingrédients de la vulnérabilité constituent un terrain plus ou moins favorable à l’apparition d’une pathologie, à l’irruption de formes de violence ou encore à l’occurrence d’un accident.

La fragilité constitue parfois une propriété intrinsèque d’un individu ou d’un groupe, liée, par exemple, à une corporéité défaillante pour les personnes âgées. Mais les conditions de protection et de matérialisation de cette blessure (au sens large) doivent également être considérées. En ce sens, la vulnérabilité intègre la prévention, voire la réparation, puisqu’elle invite à être attentif aussi bien à ce qui peut éviter la concrétisation de la potentialité qu’à ce qui est mis en œuvre, a posteriori, pour panser la blessure (Soulet, 2014). La possibilité de faire face (coping capacities) doit donc être prise en considération. Elle implique certaines ressources mobilisables pour diminuer un niveau de risque ou les effets potentiels d’une pathologie. Emerge en arrière plan l’idée de résilience, de capacité à plier sans rompre, et de retour souhaitable à un état d’équilibre après une perturbation.

Appréhendée selon une double acception, à la fois comme processus dynamique conditionnant la fragilité des individus, groupes ou communautés (manières d’être disposé), et comme capacité de réponse (modes de régulation à l’échelle individuelle et collective) tant à l’imprévu (situations de crise) qu’aux difficultés quotidiennes (situations ordinaires), la vulnérabilité comprend plusieurs facettes qui appellent un regard pluriel : histoire, psychologie, sociologie et sciences de gestion trouvent toute leur place dans cette perspective.

Le monde sportif donne par ailleurs à voir de multiples facettes de l’innovation, qu’il s’agisse de modalités de pratique, de techniques corporelles, de produits ou encore de services. L’innovation tend d’ailleurs à constituer une valeur en soi, et certains inventeurs "visionnaires" sont fréquemment mis sur un piédestal : grâce à leur intuition et à leur persévérance, ils feraient tomber les barrières (de nature technologique, économique, culturelle, etc.) faisant obstacle à leur idée princeps.

Très commune, cette représentation de l’innovation s’avère simpliste. Nous lui préférons une description moins idéalisée, mais plus réaliste, partant du principe que les innovations sportives sont portées par des réseaux élargis et façonnées par des acteurs pluriels (inventeurs, usagers, prescripteurs, porte-paroles, concurrents, investisseurs, distributeurs, etc.). Le rôle des innovateurs ordinaires, fréquemment négligé, doit notamment être pris en considération, tant des acteurs hétérogènes influencent concrètement le devenir des inventions. En général, les porteurs d’un concept ou d’une idée doivent consentir à des transformations progressives de leur projet initial, et donc faire des compromis. Il convient, par conséquent, de s’intéresser aux formes successives prises par les projets innovants, au gré d’interventions et d’influences plurielles.

Bien entendu, les pratiquants font partie intégrante des réseaux en question, puisque leurs usages transforment, dans un sens parfois non désiré (on parle alors de détournement, d’usage non anticipé), l’idée de départ et les fonctions qui lui sont associées. Plutôt que de réception d’une innovation, il semble du coup préférable de parler d’appropriation, laquelle n’est jamais totalement maîtrisable.

Les sociétés du risque (Beck, 1986 ; Giddens, 1991) placent l’incertitude et le risque au centre de nos représentations du monde et de notre action sur celui-ci. Face à l’émergence de vulnérabilités qui constituent, de plus en plus, des problèmes sociaux, se pose la question des dispositifs de protection. Dès lors, il convient d’aborder la question de l’innovation sociale ; les procédés, méthodes et services contribuant au traitement des vulnérabilités deviennent du coup un objet d’étude à part entière.

Dans un contexte de crise, qui nécessite de plus en plus une recherche proposant des solutions, les APS peuvent à n’en pas douter constituer une source de bien-être et de prise en charge de nombreux problèmes sanitaires, relativement à d’autres leviers (médicamenteux, recours à des structures de soins, etc.). Les SHS peuvent stimuler la capacité d’ingénierie et de conception en la matière.

Collaborations scientifiques : 

Partenaires socio-économiques :
Fondation Petzl ; Direction Régionale de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion sociale & Région AURA ; Société Française des Professionnels de l’Activité Physique Adaptée
Partenaires académiques français :
Universités de Montpellier 1 & 2 (LaboratoireS Epsylon & SanT.E.SI.H) ; Université Grenoble Alpes (Laboratoire Sport & Environnement Social) ; Université de Nice Sophia Antipolis (UMR Groupe de Recherche en Droit, Economie et Gestion)
Partenaires académiques étrangers :
Université de Lausanne (Groupe de Recherche de l’Institut des Sciences du Sport) ; University of Loughborough – Sport Policy and Management Group ; San Diego State University (SDSU) & University of California San Diego (UCSD)

Principales publications : 

Caudroit J., Stephan Y. & Le Scanff C. (2011) Social cognitive determinants of physical activity among retired older individuals: An application of the Health Action Process Approach. British Journal of Health Psychology, 16, 404-418.
Terret T., Robène L., Charroin P., Héas S. & Liotard P. (2013) (Eds) Sport, genre et vulnérabilité, Rennes, Presses Universitaires de Rennes.
Barth N., Perrin C. & Camy J. (2014) S’engager dans une pratique régulière d’activité physique lorsqu’on est atteint de Diabète de Type 2(DT2) : entre "trajectoire de maladie" et "carrière de pratiquant d’Activité Physique Adaptée (APA)". Loisir & Société, 37, 2.
Boutroy E., Soulé B. & Vignal B. (2013) Analyse sociotechnique d’une innovation sportive : le cas du kitesurf. Journal of Innovation Economics, 43, 163-185.
Aubel O., Lefèvre B. & Ohl F. (2014) Les équipes cyclistes « professionnelles » face aux nouvelles injonctions au professionnalisme. Sociologie du Travail.

Rattachement : 
Université Lyon 1
Coordonnées : 

LVIS - EA 7428
Université Claude Bernard Lyon 1 – Campus de la Doua
Bâtiment R. Dubois - 27-29 bd du 11 novembre 1918 - 69622 Villeurbanne cedex
Tél. 04 72 43 26 12 - Mail (direction) : bastien.souleatuniv-lyon1.fr