IRF : Infonomics Resources Facility

L’acquisition de données, leur gestion, leur traitement sont en pleine révolution avec les récents développements des Sciences et Technologies de l’Information et de la Communication (ICT) et des capacités de calculs disponibles depuis quelques années à des coûts accessibles. Cette révolution devrait atteindre positivement les Sciences de l’Homme et de la Société (SHS). En effet, les outils d’acquisition, de gestion et de traitement de données ouvrent de nouveaux horizons d’enquêtes ("enquête" au sens large, comme peut en parler J. Dewey) jusqu’ici impossible à atteindre en termes quantitatifs comme en termes qualitatifs.

La capacité à acquérir et à traiter les données sur les comportements individuels et collectifs, les difficultés à saisir dans leur étendue les interactions sociales, l’action et les activités individuelles et collectives, sont autant de verrous puissants dans le développement des SHS. Il en est de même de la quasi-absence de moyens d’analyse automatique et systématique de documents textuels (archives, textes publiés, entretiens, etc.), sonore (entretiens, documents radiophoniques, scènes, etc.) ou de données iconographiques (images, vidéo, films, etc.). Leurs développement bien que balbutiant (notamment dans le domaine du texte et des analyses sémantiques) ouvrent déjà des perspectives inédites de traitement des données acquises dans les processus d’enquête.

Avec cette révolution des modalités de production, d’analyse, de diffusion et de valorisation de l’information, les SHS pourraient être en mesure de franchir un nouveau saut qualitatif, constituer et exploiter des jeux de données massives et, ainsi, passer d’un stade parfois perçu comme "pré-scientifique" à un statut de maturité comparable aux sciences de la vie et de la matière. Il s’agirait de passer d’un usage de jeux de données faibles, qui conduisent, le plus souvent faute de moyens, à des études empiriques qualitatives, à un usage possible de jeux de données massives et à des systèmes d’analyse systématiques des données empiriques (textes, images, son) associant les méthodologies qualitatives et quantitatives.

Cette révolution apporte aux SHS une objectivité inédite à travers des résultats quantitatifs reproductibles. A travers ces nouvelles approches pour la conduite d’enquête et l’exploitation des données massives recueillies, elle leur confère également une nouvelle crédibilité et des moyens d’engendrer davantage de connaissances et, dans une optique pragmatiste, les ouvrira plus avantageusement à des connaissances opérationnalisables et actionnables.
Les SHS jouent un rôle central en matière de création, prospection et diffusion de l’information auprès des acteurs socio-économiques (politique, entreprise, citoyen, etc.). Il est par conséquent légitime de s’interroger à nouveau sur les mécanismes complexes par lesquels l’information s’élabore, se diffuse et se modifie pour agir à son tour sur ses propres moyens de production naturels ou artificiels. En effet, l’information, considérée comme une donnée (data) pertinente pour celui qui la reçoit, constitue aujourd’hui un produit socio-économique, scientifique et culturel. Une part de plus en plus importante de l’activité de l’homme n’est plus consacrée à la production d’objets matériels mais à nourrir un flux continu d’information.

Dans ce projet, nous souhaitons engager une réflexion bidimensionnelle. L’une épistémologique, visant à mieux caractériser et comprendre les lois qui gouvernent l’information comme un objet à part entière et, l’autre, praxéologique, pour concevoir, déployer et mettre en oeuvre de nouvelles méthodologies de rupture capables de mieux appréhender les phénomènes complexes qui constituent l’essentielle des objets de recherche pris en charge par les SHS. Cette problématique nous positionne au coeur d’une discipline naissante baptisée INFONOMICS dont le nom vient de la combinaison des premières lettres du mot "information", du latin informare qui signifie "donner forme", et du terme "nomie" qui vient du grec ancien νόμος, nómos, et qui signifie "loi". L’infonomics, par définition, se préoccupe des règles et des lois liées à l’information. Ainsi, par analogie avec le mot "économie" qui désigne une activité visant la production, la distribution, l’échange et la consommation de biens et services, l’infonomics s’intéresse à la manière de produire, de diffuser et d’utiliser des contenus immatériels : données, informations, connaissances, savoir-faire, etc

Parmi les défis scientifiques auxquels nous nous attaquerons, il y a celui de la formalisation d’une théorie de l’information, complémentaire à celle de Shannon, qui prendrait en compte davantage la sémantique des données. Parmi les défis technologiques, il y la mise au point de méthodologies permettant de traiter des questions complexes en sciences humaines et sociales comme l’observation in vivo, le passage à l’échelle dans l’exploitation des traces numériques très volumineuses, la fusion d’informations multi-sources et complexes, etc.

L’approche que nous préconisons s’appuiera sur des collaborations pluridisciplinaires aux frontières des ICT et des SHS. Ainsi, la réflexion épistémologique sera menée au sein d’un réseau européen ENI (European Network for Infonomics) en cours de structuration. La réflexion sur les méthodologies et les technologies de rupture, s’effectuera sur un mode de benchmarking portant sur des travaux de recherche en SHS réalisés au sein de la plateforme PANELS commune à l’ISH et au laboratoire EVS (Environnement Ville et Société) en liaison avec des partenaires socio-économiques comme le Living Lab du Grand Lyon, la cité du Design de Saint-Etienne et la Région.

 

Coordination scientifique
Djamel Abdelkader Zighed (ISH, Univ. Lyon 2)

Partenaires
ISH – USR 3385 : Institut des Sciences de l’Homme
EVS – UMR 5600 : Environnement, ville, société
LHC – UMR 5516 : Laboratoire Hubert Curien

Financement
Université de Lyon : Programme Avenir Lyon Saint-Etienne (PALSE)
Période : 2013-2015

 

Contacts

Djamel Abdelkader Zighed (ISH, Univ. Lyon 2) : mathematical fundations
Alain Trémeau (LHC, Univ. St-Etienne) : methodological design
Hervé Piégay (EVS, ENS de Lyon) : benchmarking applications, validation, proof of concepts and user recommandations