Décentrements, hiérarchies et assemblages en sciences sociales

Journée d'étude du Pôle Travail, Espaces et Modialisation
Comment accéder à la pluralité des récits des sociétés contemporaines ?
Les sociétés contemporaines n’ont cessé de se pluraliser et de se complexifier. Elles ne cessent de s’influencer dans un contexte de mondialisation tout en vivant leurs propres mutations, notamment leurs propres ruptures, conflits, fragmentations, qui, elles aussi, influencent le reste du monde. Des cadres spatio-temporels et des ordres normatifs se diversifient, se reconfigurent et se recodifient au-delà des frontières des Etats-Nations, du fait de mouvements d’internationalisation et de cosmopolitisation qui participent activement à la prolifération d’agencements nouveaux, à la destabilisation d’arrangements institutionnels pour produire des ‘‘conjonctions émergentes ni exclusivement nationales ni exclusivement globales’’ pour reprendre les termes de Saskia Sassen. Nous sommes alors contraints aux décentrements en sciences sociales pour produire des assemblages, des enchevêtrements, des agencements de savoirs situés dans une diversité de contextes, d’espaces et de temporalités. Les recherches de Cai Hua en anthropologie mettent clairement à jour un processus de décontextualisation de connaissances en Occident et de leur recontextualisation en Chine. Si le processus de pluralisation des sociétés contemporaines interroge l’idée même de société en tant que récit attaché à celle de la modernité, notamment de modernité européenne, nous poserons lors de cette journée d’études la question de l’accès à la pluralité des récits des sociétés contemporaines dans leur diversité et leur complexité. Comme l’a montré Mondher Kilani, la réflexion en sciences sociales est liée à l’évolution de la société occidentale qui l’a vue naître et a produit des formes de colonialisme et d’autorité scientifique ou d’orientalisme.
Après les subaltern studies qui proposaient de «provincialiser l’Europe» pour considérer les «histoires subalternes» dans leurs dynamiques propres, il nous paraît aujourd’hui moins pertinent de penser la pluralité des «provinces du savoir» que de penser les modes de formation des continuités et les discontinuités entre différents espaces de production de la connaissance multisitués comme l’a montré Laurence Roulleau-Berger. Sachant que, comme le montre Loïs Bastide, l’émergence d’une nouvelle stratification globale pose la question du rapport entre des processus situés et de plus en plus décentralisés de production de connaissance et d’organisation des circuits du pouvoir. Nous sommes alors de plus en plus invités à opérer un retour réflexif sur nos concepts et nos théories, pour les mettre à l’épreuve du décentrement - comme tente de le pratiquer Myriam Houssay-Holzschuch - et surtout, à mettre en place des dispositifs épistémologiques transnationaux pour rendre compte d’assemblages et de disjonctions entre des récits de sociétés tous légitimes et décrire ce qu’Ulf Hannerz appelle un «continuum creolization» dans la production de connaissances en sciences sociales.






